Le BROCODILE

Le "brocodile", animal à mi-chemin entre le brochet et le crocodile, est un monstre qui hante les rêves de tout pêcheur au leurre normalement constitué.

Ayant en commun avec le saurien un taille imposante, une dentition à faire pâlir d’envie un Pitbull, et un profil serpentiforme, il constitue l’inatteignable ; Ce qui nous pousse à croire toujours à un poisson plus gros et à garder la foi…

Et à force de rêver, année après année, en feuilletant le « Chasseur Français » qui nous montre un brochet énorme pendu dans un arbre la gueule maintenue ouverte par un bâton et l’oeil vitreux, on se dit que son tour ne viendra pas et qu’à part se mettre à la traîne  ou au vif, le brocodile n’appartiendra toujours qu’à nos  rêves les plus fous…

Ce n’est qu’en arrivant dans les Alpes il y a maintenant 3 ans, que j’ai commencé à y croire. Après plusieurs poissons dépassant le mètre, on se rapprochait inexorablement du « mètre vingt » avec des poissons de 1m14 et 1m17 au Léman…On disait même entre nous « un jour on prendra un vrai gros, une vache…1m25 ! »…

Me préparant à m’absenter pour un mois, je profite de mes derniers jours ici, et de cette période propice pour me rendre à Annecy le 17 Mai. C’est aussi l’occasion de finaliser les tests terrain de mon nouveau shad « Gulp ! Alive » avant de lancer la production, ainsi que d’une version high-speed du Revo SX…

 

 Le matin, j’ai rendez-vous avec François, un pêcheur que j’ai rencontré la semaine précédente sur la mise à l’eau. On a discuté « pêche aux leurres » et je lui ai proposé une sortie sur le lac. Il pêche en casting, possède une Quicksilver parfaitement aménagée, et pêche très bien, pas besoin donc d’explications, on attaque direct sur les meilleurs postes…

La pêche est relativement dure mais nous attrapons quand-même quelques poissons au Hollow Belly 5’’, ce leurre est vraiment parfait pour le broc en linéaire !

 

 

François n’est pas en reste…

 

 

Le temps est vraiment très beau, on discute beaucoup évidemment pour faire connaissance mais les brochets entrecoupent la conversation…

 

 

 

En relâchant un brocheton, ce dernier se met en mode « roll mops » et flotte à la surface, m’obligeant à aller le chercher pour le « débloquer » !!

 

 

Un peu avant midi, François prendra même un joli poisson…

 

 

Qui retournera bien vite à l’eau…

 

 

Je le dépose donc à la mise à l’eau et part à la pêche tout seul….Ma mission aujourd’hui : découvrir de nouveaux postes…En effet, quand on pêche beaucoup sur un lac, on a tendance à aller naturellement sur des postes connus. Et comme on pêche principalement sur ces endroits, comme en plus on les connaît bien, c’est toujours là que l’on prend le maximum de poissons. Ceci me permet aussi de baisser la pression sur mes postes habituels et d’en trouver d’autres pour les jours de disette…. !

Donc autant le matin a été dédié aux valeurs sûres aussi bien en terme de postes que de leurres, dans le but de faire prendre un maximum de poissons à François, autant l’après-midi sera consacrée à
la découverte. J’en profite d’ailleurs pour tester à fond mon dernier shad, le Paddle Tail. Les brocs répondent positivement…

 

 

J’en prends d’ailleurs un d’1m tout rond, à la dentition impressionnante….

 

 

Les touches se font un peu plus nombreuses, et mon shad résiste, je ne l’ai pas changé de la journée, une perf’…

 


 

Content comme tout, je me relâche un peu et fais du GPS pour matérialiser une cassure que je connais mal, tout en pêchotant…En faisant un long lancer à 40m, j’aperçois sur l’écran de mon 997 un arc vraiment gros dans 10m d’eau… un écho-codile !…J’hésite…allez, je le tente…je mouline à fond en gardant le pied sur l’électrique pour conserver une vitesse et un cap constant malgré le vent. Je dépose mon leurre à une quinzaine de mètres derrière le bateau, ce qui fait que lorsqu’il touche le fond je sais que je suis très près du brochet ! J’anime doucement mon shad, le fait trembloter…accélerer brusquement….rien ne se passe. Et merde, encore un poisson repéré qui ne prend pas…Je tente le tout pour le tout et mets deux grandes « claques » dans mon leurre !! BAAM !! La touche est instantanée, je me jette en arrière, un peu surpris, ma Pulse 6’6 est en vrac…Convaincu qu’il s’agit d’un gros poisson (estimé à 1m au ferrage), je tente de l’asphyxier en tirant dessus comme un fou, le poisson se laisse monter presque trop facilement, les poissons d’un mètre sont en général plus fougueux…

Je ne m’arrête pas pour autant et rentre mon long bas de ligne en Trilène 100% fluoro 30/100 dans les anneaux. Quand le broc arrive sous 1m50 d’eau je me penche pour voir comment il est pris, et là…. ! Je m’aperçois qu’il est bien loin de faire un mètre !! Le poisson repart tout en force et me prend une bonne douzaine de mètres de tresse (une Spiderwire Stealth en 17/100 en l’occurence), ce qui ne m’était jamais arrivé (mon frein est toujours très serré)…Je le ramène immédiatement une seconde fois au bateau mais lorsqu’il crève la surface, je m’aperçois que mon avançon de 20cm en 61/100 ne dépasse pas du tout !!! En plus le poisson a la gueule fermée et du coup je ne peux pas utiliser la pince à poisson. Je la jette et, à genoux, je commence à rentrer mon avant-bras dans son ouïe immense….Réaction violente et il repart, je me couche à plat ventre dans le bateau et j’accompagne en plongeant d’abord la canne puis le bras entier dans l’eau, archhhh…A ce moment là je sais que je suis au bord de
la rupture. Je sais aussi que ce broc est le plus gros que je n’ai jamais pris, mon précédent « gros » à l’air d’une quenelle à côté…ça ne me mets pas trop la pression, bizarrement, car ce poisson est tellement improbable que je n’ai pas complètement réalisé. N’ayant pas envie de faire la guimauve et de me laisser démonter par ce poisson que j’ai amené au bateau au bout de 20 secondes, je bloque complètement le frein. En fait j’ai peur des coups de tête latéraux qui viendraient à bout de mon 30/100 comme un rien. Je me dis donc que je n’ai pas droit à l’erreur et que de toute façon si j’ai la chance de l’amener au bateau une troisième fois, je saute dessus !!

Et je commence à treuiller doucement mais fermement, de la manière la plus régulière possible, de manière à ne pas lui laisser le loisir de repartir : s’il repart il me casse…

Et il arrive enfin, je suis prêt, assis sur le pont, la pince à poissons à portée….Je stoppe le treuillage quand j’estime que la longueur de bannière est optimale et essaie de me placer au mieux. Je joue avec l’angle de ma canne pour qu’il arrive au centimètre…Il crève la surface exactement où j’espérais, en position légèrement oblique et dans le bon sens, je sais qu’il va ouvrir la bouche…..Ce quart de seconde pendant lequel j’attends le moment propice est une éternité, je regarde son œil, ses joues, en attendant qu’il entrouvre la gueule.

Il y a des jours comme ça, où tout se passe comme prévu…Ce grand brochet qui a déjoué tant de pièges s’est laissé guider et à réagis comme je l’espérais…Je glisse la pince dans sa gueule et le hisse à bord !

 

J’hallucine ! Il est énorme, je le tiens mon poisson d’1,25…Premier constat : il a complètement avalé le shad….A cet âge là on ne mâche plus, on gobe !

 

 

Je dépique le shad pour éviter que le brochet ne se blesse s’il gigote, et le repique à
la commissure…

 

 

Je dégaine l’appareil, pas le temps de faire des réglages, je le pose sur le siège du bateau et prends une première photo….

 

 

Puis je réalise une série de photos tant bien que mal, c’est juste « importable » un brocodile…

 

 

 

Allez, encore une ou deux au cas où…

 

 

 

Je commence à stresser pour le poisson, je ne veux surtout pas qu’il meurt ou qu’il s’abime. Pour l’instant il est sage comme une image, j’en profite…

 

 

Tandis que d’une main je dépose l’appareil, de l’autre je sors le mètre et couche le grand brochet dessus…Il a différentes longueurs sur un poisson, je mesure bouche fermée, sans suivre le contour du poisson, sans quoi il fait tout de suite 5cm de plus…1m37 !! jamais je n’aurais pensé faire un tel poisson…

Puis je le prends et le dépose dans l’eau. Les pelviennes à l’horizontale, je sais tout de suite qu’il ne va pas avoir de mal à repartir…

 

 

 Le combat a été très court (3min) et la manipulation aussi (2min), je le mitraille une dernière fois avant de le lâcher….

Et il repart gentiment, d’un puissant coup de caudale…

 

 

En espérant te reprendre un jour…

 

 

Pour le reste, je ne me souviens plus très bien, je me suis couché sur le pont et j’ai savouré ! Quel pied !

 

 

Quand je suis revenu à la réalité j’avais dérivé d’au moins 500m….j’ai mis le contact et j’ai rejoins la mise à l’eau …Ce jour restera à jamais dans ma mémoire de pêcheur, et j’avoue qu’il m’arrive encore de temps en temps, 2 mois après, de repenser à ce grand poisson. Dans quel loisir trouve-t’on un tel degré d’adrénaline et d’émotions, avec une telle part d’inconnu ? C’est ce qui est magique à la pêche, ça ne répond pas qu’à des lois mécaniques, il ne s’agit pas de taper dans une balle avec un certain angle et une certaine force pour avoir un résultat….Même en maîtrisant les gestes, il reste cette part insaisissable et obscure que certains appellent la chance et que je préfère nommer « réussite »….Cette combinaison qui fait que n’importe qui a des chances d’attraper un poisson énorme et de connaître cette joie.

 

 

 

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Catégories : Compte rendus pêche
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